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 La théorie Queer

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Internet Puke
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MessageSujet: La théorie Queer   Lun 7 Nov 2011 - 19:43

Wikipédia a écrit:
La théorie Queer (anglais : Queer Theory) est une théorie sociologique. Elle critique principalement l'idée que le genre sexuel et l'orientation sexuelle seraient déterminée génétiquement en arguant que la sexualité mais aussi le genre social (masculin ou féminin) d'un individu n'est pas déterminé exclusivement par son sexe biologique (mâle ou femelle) mais également par tout un environnement socio-culturel et une histoire de vie. Ce faisant, la théorie Queer se distingue aussi, parfois vigoureusement, des féminismes essentialiste ou différentialiste.
Cette théorie différencie donc sexe (mâle/femelle) et genre (masculin/féminin), par rapport à une société qui tend à considérer comme 'anormaux' les individus qui ne se situent pas dans la 'normalité' d'une hétérosexualité perçue comme naturelle et innée, avec un genre découlant du seul sexe acquis à la naissance.
Elle a ainsi pour conséquence (ou pour visée selon certains) de déculpabiliser les queers, en apportant des bases théoriques à leur personnalité au lieu de les poser en 'anomalies de la nature'.
Ce courant des « études du genre sexuel » (Gender studies) apparait au début des années 1990 aux États-Unis, au travers de relectures déconstructivistes, dans le prolongement des idées de Foucault et Derrida.
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Queer : Ce n'est pas normal !
Par Sylvie Tomolillo

Là où s'érigent la norme, la Nature, l'ordre, les périphéries se peuplent d'individu-e-s insolent-e-s et peu recommandables. Gynandres, andromorphes, gender-fuckers, mu-tantes… Créatures chimériques de la postmodernité, de la « postmodernitude » branchée ? Peut-« on » d'un simple discours rationaliste « les » renvoyer aux placards — à pharmacie ? Certain-e-s acquiescent vivement, bible, seringues et camisoles sous le bras. Malheureusement pour eux / elles, il est trop tard : les queers se sont déjà emparé-e-s de la parole ! Mais qui sont-els ?
Ce qui suit est un très rapide survol de la militance et de la théorie queer. Le terme lui-même tout d'abord : littéralement, il signifie étrange, « louche », mais c'est aussi une insulte lesbo/gay-phobe dont ont fait les frais plusieurs générations de non-hétéros. La réappropriation du mot par un ensemble de militant-e-s à la fin des années 80, aux Etats-Unis, marque donc un tournant générationnel dans le domaine des luttes autour des sexualités. Aux revendications structurées essentiellement autour des identités gay et lesbienne succède un discours non identitaire, anti-assimilationniste et s'en prenant non plus seulement à l'intolérance ou à l'hétérosexisme, mais directement aux contraintes de la normalité.
Ce renouveau est en partie dû à l'effritement de la politique communautariste, ses rapports de pouvoir internes entraînant des divisions et de nouvelles marges : les « folles » chez les gays, les S/M chez les lesbiennes, etc. ; tout ce qui ne ressemblait pas à l'image du / de la citoyen-ne américain-e respectable — blanc-he, en bonne santé, physiquement « attirant-e » et bien intégré-e à la société de consommation. Bien sûr, dans ces rapports de pouvoir et ces luttes de représentativité, les hommes et les femmes n'occupaient pas la même position (car une femme est opprimée aussi en tant que femme) et les débats qui les préoccupaient n'étaient pas en tous points identiques. Bref, le sida étant passé par là aussi, avec son lot de discours stigmatisant sur les « populations à risque », des alliances se sont créées autour d'un nouvel activisme insolent et protéiforme, dont Act Up est assez représentatif.

C'est justement suite à une réunion d'Act Up New York que fut créé Queer Nation en 1990, expression la plus médiatisée de l'activisme queer. Ce dernier s'adresse à toutes celles et à tous ceux qui se définissent en dehors des normes identifiées de sexe/genre et de sexualité, en contradiction avec elles, ou jouant sur le brouillage de ces catégories sur lesquelles se fonde le système hétérosexuel. Mais il y a de multiples manières d'être queer et aucun critère particulier n'est central dans la définition du mouvement : il ne peut y avoir de modèle défini de l'« étrangeté » ou de l'« anormalité ».
Pour Queer Nation, il s'agit de mettre en évidence le fait que la sexualité n'est pas juste une affaire privée et que les normes hétérosexuelles sont omniprésentes dans l'espace publique, que l'on parle d'espace physique ou médiatique, idéologique. Son but est de rendre cet espace véritablement démocratique (d'où la référence à la nation), sans danger et source de plaisir pour tou-te-s. Sa tactique est de visibiliser de vastes espaces de normalisation, de franchir les frontières balisées ou invisibles (implicites) entre le monde normal et le monde queer. Les militant-e-s de Queer Nation s'exhibent donc dans des espaces où la sexualité n'est a priori pas en jeu, comme les grands magasins le samedi après midi. Ainsi, tout en mettant en évidence la dimension sexuelle qui traverse ces lieux, els brouillent, ou transgressent, la distinction entre univers queer et non queer. Le malaise et les réactions provoqués mettent en évidence l'énergie dépensée par la communauté normale pour préserver son espace, consolider et surveiller ses enceintes en tenant à distance les formes polymorphes de sexualité.
Les « Queer Nights Out » sont une autre façon de perturber le cours paisible des pratiques et représentations normalisées. En s'introduisant dans des bars et lieux de consommation straight, les activistes de Q. N. dénoncent la ségrégation. Mais els ne le font pas par la protestation : els se contentent de se comporter tout « naturellement » comme els le feraient dans des lieux gay ou lesbiens, par exemple. Els tendent ainsi à imposer à la vue de tou-te-s un autre univers affectif ordinaire. « Sortir du placard sans rentrer au ghetto », pourrait être la devise de ce type d'actions. Elles permettent, là encore, de passer outre les garde-fous hétérosexuels en bousculant au passage les positions de tolérance : le mode de vie queer et ses plaisirs échappent tout à coup à la domestication, ils s'imposent de manière improvisée (hors du cadre policé des Prides annuelles) sur les scènes mêmes où se déroule habituellement le spectacle hétérosexuel normal. Les activistes de Q. N. mettent en évidence la fragilité des frontières érigées et le « risque » d'imprégnation généralisée de la société qu'els représentent ; ce faisant, els inversent l'usage ordinaire du pouvoir en montrant que l'intégrité de l'espace social et culturel de la « majorité » est aussi soumise à la bonne volonté — contrainte — des transgenres, lesbiennes, bisexuel-le-s, gays, etc. de rester invisibles…

Parallèlement, un courant queer s'est développé dans les universités américaines et représente à présent un véritable champ académique. L'objet de la théorie queer est l'étude critique des processus de construction identitaire autour des questions sexuelles. Ce qui implique, en fait, une approche décentrée et déconstructive des catégories présentées comme évidentes dans le système de savoir et de pouvoir hétérosexuel. Les théoricien-ne-s queer montrent que ce système est structurant y compris pour les minorités insurgées que sont censées représenter les identités lesbienne et gay. Ces dernières se définissent bel et bien par rapport à un référent central qui est l'hétérosexualité et son découpage binaire du monde — mode de pensée qui n'est alors pas remis en cause directement. C'est le propre de tout processus d'identification que d'impliquer une altérité subordonnée. Ainsi, dans l'opposition hétéro / homo, seul le second terme suscite interrogations théoriques, éthiques, juridiques et médicales. A l'inverse, la dimension contingente de l'hétérosexualité est systématiquement occultée. Ainsi, dans le concept d'« orientation sexuelle » l'hétérosexualité représente le référent neutre par opposition à l'homosexualité comme différence problématique.
Outre le fait qu'elle occulte ou dénigre le plus souvent la bisexualité, la référence centrale à cette notion d'« orientation sexuelle » au sein des minorités sexuelles pose d'autres problèmes très concrets. Ainsi, la relégation au second plan des différences telles que le sexe, l'origine ethnique, la classe socio-économique ; comme si toutes ces caractéristiques n'étaient que des couches successives et secondaires autour du noyau identitaire « homo ». Cela prend alors la forme d'une nouvelle normativité sexiste, raciste et classiste (entre autres), par occultation (ou par rejet pur et simple), qui a tout de commun avec celle de la société hétéronormée. Il ne s'agit pas de figer de nouvelles identités (sous-cultures) mais bien de montrer les différentes dimensions de pouvoir qui traversent la vie des individu-e-s, et d'exposer les implications multiples de chaque positionnement social.
Dans un même temps, les auteur-e-s du champs queer tentent de démontrer le caractère construit et toujours intrinsèquement hiérarchisé de ces différences et oppositions binaires, comme dans le cas des sexes. La division de l'humanité en deux catégories distinctes, hommes et femmes (mais l'humanité = l'Homme), ne va pas de soi, y compris sur un plan physiologique ou anatomique. La logique de complémentarité reproductive réduit un nombre infini de variables (hormones, protéines, chromosomes etc. aux possibilités de corrélation multiples) à un système classificatoire dichotomique qui relève directement du politique, et dans lequel on remarque une extrême confusion entre les organes sexuels (désignés comme tels) et reproductifs, les zones érogènes et l'orientation du désir. Alors, que dire des implications sociales, matérielles et idéologiques — la misogynie est sans doute le préjugé le mieux partagé —, du fait d'être désigné-e femelle ou mâle à la naissance ?
Dans cette optique, ce sont sans doute les queers qui, dans l'analyse comme sur le terrain, laissent le plus de place à des minorités qui sont habituellement traitées comme des bêtes curieuses ou bien reléguées aux notes de bas de page : transsexuel-le-s et transgenres, avec toutes les variations possibles.

Bref, la queerness ce n'est vraiment pas normal, et c'est pénible à définir et à s'approprier : ce n'est pas un look, ni même une pratique sexuelle, encore moins une identité. C'est la volonté de rejeter le sentiment protecteur de cohésion identitaire au profit d'une déstabilisation des repères mêmes qui fondent l'hégémonie de l'hétéronormalité… tout en reconnaissant les implications de chacun-e par rapports aux divers référents sociaux (et non naturels) qui font qu'il existe des centres et des marges, des oppresseurs et des opprimé-e-s.

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MessageSujet: Genderqueer   Mer 9 Nov 2011 - 15:26

Un texte que j'ai trouvé très touchant.

Genderqueer ou les légendes urbaines de ma jeunesse.

Je me souviens d'une époque où les personnes trans et genderqueer ne peuplaient pas ma vie avec autant de diversité. Je me souviens d'une époque où j'étais le/a plus informéE de toutE, où je divaguait sur la théorie queer sans que personne ne m'écoute ou ne me comprennent.

A cette époque elles, ils et iels m'encerclaient mais en silence, à distance. Ce sont les légendes urbaines de ma jeunesse.

Quand j'avais 19 ans, je suis entrée, à force de creuser, dans le "milieu" gouine parisien. "Milieu " parce que tout le monde avait peur d'appeler ça une "communauté", trop politique, trop impliquant aussi. Mais c'était bien ça, avec ses codes de reconnaissances, sa culture, ses ouvertures, ses libertés, ses subversions, ses normes aussi.

Je fumais devant le Troisième lieu et j'observais une fille de loin. Ma copine m'avait dit qu'elle savait (par une ex qui était une de ses exs bien sûr) qu'elle voulait "se faire opérer des seins". Je n'avais jamais parlé à cette personne, je ne connaissais pas son nom mais je l'observais vivre quand on se retrouvait dans le même lieu. Je la remarquais où que j'aille et la regarder me plongeait toujours dans une méditation sourde.

Une pote me chuchotait au creu de l'oreille à propos de l'amour de sa vie passée : "Jo, quand je l'ai rencontré, elle allait au Dépôt* et baisait des mecs avec son gode noir dans les backrooms". La fascination agrandissait mes pupilles.

L'ex de ma copine me racontait son premier béguin, une fille qui s'appelait Tatyana et qui prenait de la testostérone pour augmenter ses muscles. Même méditation sourde quand j'y pensais. Et je me posais un milliard de questions sur ces filles que je ne recontrerais sans doute jamais. Pourtant j'en avais envie, je voulais leur poser toutes mes questions ou juste être à leur côtés pour me prouver qu'on existe.

Dans Stone Butch Blues il y a un personnage qui m'a rappelé ces filles là, Rocco.

"A ce moment là, la porte du bar s'ouvrit et tout le monde se tut. Debout dans l'embrasure de la porte, se tenait une montagne de femme. Elle portait une veste en cuir noir non fermée. Son torse était plat et il était clair qu'elle ne portait pas de binder. (...) Rocco. Sa légende l'avait précédée. (...)
Jan m'a dit un jour que Rocco avait été tabassé tellement de fois que personne ne pouvait compter. La dernière fois que la police l'a tabassé elle a frôlé la mort. Jan a entendu dire que Rocco avait pris des hormones et avait subit une opération des seins. Maintenant elle travaillait en tant qu'homme dans une équipe de construction. Jan a dit que Rocco n'était pas la seule butch à avoir fait cela. C'était comme un conte fantastique. Je ne le croyais qu'à moitié mais ça me hantait."

Le personnage principal du livre de Leslie Feinberg, Jess, passe sa transition puis sa vie de personne transgenre dans une solitude poignante, rejetéE pas sa fem, évitant les bars lesbiens et dans la peur d'être découvertE dans le monde hétérosexuel. Pendant toutes ces années elle pense à Rocco. Elle voudrait lui parler, elle la voudrait "comme une maison dans laquelle rentrer quand elle n'est pas assez forte". Elle n'a jamais parlé à Rocco, et Rocco ne sait sans doute même pas qui est Jess.

C'était avant. Avant qu'on ai les mots pour parler de nous. Avant qu'on cesse d'en avoir honte. Avant qu'on construise nos communautés d'aujourd'hui.

Genderqueer ça veut dire qui ne rentre pas dans la norme binaire du genre. Ca ne se définit pas en termes d'opérations, d'appareil génital, de chromosomes, d'hormones, de papier d'identités etc...

Genderqueer c'est une expérience, celle de la subversion.

... et du prix qu'on paye pour celle-ci, choisie ou pas, du prix qu'on paye pour tenter de nous exprimer et d'être nous-mêmes.

Parfois j'ai l'impression qu'être genderqueer c'est toujours être une légende urbaine.

Pour encore beaucoup d'entre nous, c'est encore une expérience qu'on vit en silence et solitaire. De mon expérience, de celles que j'ai lues, de celles que j'ai entendues. Peut être que ce silence vient du fait que nous n'avons pas les mots pour parler de nous, peut-être ne les aurons nous jamais car notre destin est de nous faufiler entre les cases et les grilles de compréhension de ce monde.

Je voudrais que toutes/s les genderqueers sortent de l'ombre et des racontards. Qu'elles, iels et ils ne soient plus des légendes mais des réalités qui parlent de leur vies de leur expérience et de ce pourquoi on veut se battre plutôt que de ce qui nous sépare ou définit.

Et je vais commencer par moi.

Je suis genderqueer. Je ne me définit ni comme une femme, ni comme un homme. Parfois si. Mon genre est complexe et contextuel.

J'ai l'impression que que le problème que je rencontre en tant que genderqueer s'articule autour de mon invisibilité/visibilité.

En quelque sorte je passe pour ce que je suis tous les jours, et d'un autre côté je ne passerais jamais pour ce que je suis tant que notre culture aura une grille de lecture du genre aussi binaire.

Je ne passe pas vraiment pour un homme, ni pour une femme. J'engendre la confusion. En un sens c'est passer pour ce que je suis, un être inintelligible dans une société binaire, c'est bien ce que je suis. Mais personne ne se dit "ah mais oui bien sûr cette personne est genderqueer, que je suis bête". Je ne me fais jamais traiter de "sale genderqueer" dans la rue.

Cette invisibilité me fait souffrir. Elle me réduit au silence. Je me dis que les gens ne peuvent pas comprendre, que c'est juste trop compliqué pour le commun des mortels. Je me dit que j'aimerais bien qu'on me parle avec des pronoms neutres mais que ça n'est pas possible dans toutes les langues, que la plupart des gens ne savent pas que ça existe, que c'est dur de changer sa façon de parler. Dans la communauté trans j'ai peur que tout le monde pense que je ne suis qu'un FTM (Female-To-Male) en début de transition ou sur le point de transitionner. Je n'arrive toujours pas à trouver la réponse à la question de si je fais partie de cette communauté ou pas, SUIS-JE trans ou pas?

De ma visibilité je tire pas mal de souffrance aussi. J'ai souvent peur. Je peux m'amuser à confondre les gens, malgré les représailles. Mais parfois je suis juste terrifiée et je me prends à développer des stratégies pour qu'on me fiche la paix. qui ne le fait pas? Est-ce que ces stratégies contextuelles ne sont pas un peu nous aussi. Je n'aime pas ça pourtant. Je voudrais pouvoir exprimer de la masculinité et de la féminité parce que j'en ai envie, pas parce que c'est la seule solution de survie. Mais on se trouve tous/tes entre ce que l'on veut être et les possibilités qu'on a. Et les choix stratégiques que nous faisons en disent aussi un peu sur nous, mais ils ne disent pas tout.

Parfois ça ne change rien à ma vie non plus. Parfois je me demande si je suis taréE ou si c'est bien la société qui a un problème et pas moi. Jusqu'à ce que j'entende une autre voix similaire à la mienne qui sort de l'ombre.


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